Les "Billets des I.D.S.R. du Var"

 

Le "Billet" est une page périodique sur la fonction d’IDSR. Pour les IDSR et les autres…

C’est quoi le « billet des IDSR du Var » ?
C’est nouveau. C’est quelques lignes sur le site internet de la MSR-Var, de temps en temps, au gré de l’actualité, des informations, des choses à faire partager par l’ensemble de l’équipe etc.

C’est fait pour vous, justement, l’équipe d’IDSR du Var, qui apportez votre aide à la vie de la MSR-Var. Pour faire connaissance ou mieux se connaître, pour créer un lien commun, un esprit d’équipe.
Cela pourra être des portraits de certains, des réactions sur un sujet intéressant toute l’équipe. Tout est ouvert, tout est à faire.

C’est aussi fait pour les autres, ceux qui ne sont pas IDSR. Pour leur faire découvrir cette fonction et les personnes qui la composent, ce que peut être un IDSR et ce qu’il peut apporter dans sa participation à la lutte contre
l’insécurité routière. Pour susciter des vocations, peut-être ?

 
 
 

Billet IDSR n°1

publié le 19 mars 2009 (modifié le 4 août 2010)

Billet des IDSR du Var - Premier numéro.

Pour commencer, le premier billet est une discussion avec l’un d’entre nous, parmi les derniers qui nous ont rejoint : Fabrice Chabaury, qui s’est intégré dans l’équipe avec une spécificité qui lui est propre et sur la base de laquelle il a souhaité proposer un nouvel atelier pédagogique à la MSR-Var.

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Billet-Idsr : Bonjour Fabrice. Merci d’être le premier à inaugurer cette formule et à innover avec ce premier billet. Tu es arrivé il y a peu dans l’équipe des IDSR du Var. Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Fabrice Chabaury : Avant tout, merci de m’offrir la primeur ! Eh bien j’ai 44 ans, je suis marié et papa de deux beaux enfants. J’ai cessé mon activité d’artisan ferronnier il y a 4 ans suite à un accident de la voie
publique qui m’a “promu” tétraplégique. Plutôt rompu à un travail essentiellement manuel, j’ai souvent dû rebondir au cours de mon parcours professionnel, passant de la chaudronnerie à la Marine Marchande, puis au traitement de l’eau, avant de revenir vers le métal.
Après cet accident de voiture, et surtout une longue absence, je réapprends à vivre avec les miens tout en réorganisant cette nouvelle vie.

B.-I. : Pourquoi as-tu voulu intégrer cette fonction d’IDSR ?

F.C. : J’ai eu la chance un jour de pouvoir assister à une intervention de sensibilisation du Dr Tournebise [1], accompagné de Yann Guilhem [2], lorsque j’étais encore à l’hôpital. J’ai tout de suite trouvé le concept “percutant” et leur ai proposé de témoigner lors d’une prochaine intervention. Etre victime d’un accident est pour le moins frustrant, et je venais de comprendre comment transformer cette souffrance en… expérience.
Intervenir a véritablement un rôle d’exutoire, permettant finalement de mieux vivre son handicap, ce qui favorise, voir accélère le (long) processus de reconstruction sociale et identitaire. Après plusieurs mois focalisé sur mon état, j’avais un réel besoin de m’engager dans quelque chose d’utile et de durable qui soit à ma portée : j’ai postulé sans l’ombre d’une hésitation.

B.-I. : Je te remerciais d’inaugurer le 1er billet de l’Idsr, mais tu as été novateur cette année en proposant un nouvel atelier pédagogique à la MSR-Var. De quoi s’agit-il ?

F.C. : « Survivre a la route » est un atelier d’environ une heure sous forme de diaporama/débat au travers duquel j’explique ce qu’il se passe “de l’autre côté du miroir”. J’y explique rapidement quelles sont les différentes atteintes lors de traumas irréversibles de la moelle épinière et/ou du cerveau et comment les vit-on une fois cloué dans un fauteuil.
Je m’appuie évidemment sur mon parcours personnel afin de démontrer qu’il est parfois possible de s’en sortir, mais dans quel état ! Les conséquences sociales, familiales et financières sont également abordées en fonction de l’âge du public présent. Il s’agit d’information et de sensibilisation, alors le message doit être parfaitement perçu. C’est pourquoi je demande toujours à l’auditoire de ne pas hésiter à m’interrompre, en précisant d’une
part que je suis venu pour eux, et d’autre part qu’il n’y a aucun tabou, que tous les sujets sont abordables.

B.-I. : Cet atelier est encore jeune mais comment as-tu ressenti les premières séances où tu l’as animé ?

F.C. : Devant la qualité et la pertinence de certaines questions posées par certaines classes, il en ressort que non seulement ils écoutent, mais qu’ils comprennent que cette triste réalité peut les rattraper là, au coin de la
rue. L’autre baromètre est l’agitation : les classes sont souvent bruyantes au début, et ensuite, il devient parfois nécessaire de plaisanter pour détendre le groupe. Je pense alors que le message passe fort et clair, et c’est l’objectif de cet atelier. Néanmoins, il est assez difficile pour moi de doser la puissance des mots et des images afin de ne pas aller soit trop fort, soit trop loin et de les traumatiser. Parler à un auditoire n’est pas mon métier, et je n’ai pour cela aucune formation. Je me fie à
l’émotion, et… le public m’en rend énormément. Ils sont touchants, et c’est toujours très émouvant lorsque ces ados traversent la salle pour venir me dire au revoir, et qu’ils me glissent pudiquement : « bonne continuation ».

B.I. : Est-ce que tu voyais la fonction d’Idsr « comme ça » ou pensais-tu à tout autre chose ?

F.C. : Tout est dans le nom ! Intervenant, donc témoigner. Oui, je le voyais comme ça. Ce que je n’avais pas imaginé, c’est d’avoir d’entrée la responsabilité d’animer un atelier, et ce de façon quasi autonome. Non plus de présenter un diaporama, et encore moins le mien ! Ce qui est très enrichissant. Mon engagement en tant qu’IDSR était à la base de participer au moins à quelques manifestations ; cela dépasse largement mes attentes,
et ce n’est qu’un début. Le nombre d’interventions va crescendo. Puis il y a l’action « Un choc pour la vie » dans les lycées qui démarre en mars et les C.F.A.I. qui seront bientôt au programme également. C’est quand même un sacré boulot, et qui demande pour le moins de la constance et de la disponibilité. Je voulais me sentir utile, revalorisé, et bien c’est chose faite !

B.I. : En ce qui te concerne, que t’a apporté d’avoir intégré l’équipe d’Idsr ? As-tu déjà des impressions, positives ou négatives sur cette fonction ?

F.C. : Belle équipe ! La première chose, et pas des moindres, c’est le plaisir de se retrouver au sein d’un groupe, et d’être de nouveau actif après tous ces mois. Le handicap fait que l’on se sente différent, et de la
différence à l’exclusion, la barrière est frêle ! La première pensée fut : « Vais-je être à la hauteur » ? Mais d’un autre côté, tout mon être réclamait sa part d’activité afin de se restructurer. Cela peut paraître idiot, mais ce fût -et c’est encore- une superbe stimulation, un repère, un guide, cette fonction d’IDSR. Lorsque je me suis retrouvé devant vous tous lors du
“recrutement” [3], et que notamment Jacques [4] m’a demandé si je pouvais gérer un atelier sur les conséquences de l’accident dans « Un choc pour la vie », et bien je me suis senti compris. Des gens me font de nouveau confiance, et un résultat est attendu, cela s’appelle travailler, et je suis fier aujourd’hui d’avoir ce « travail » [5]. Ce n’est pas anodin après une quarantaine de mois sur la touche.
Malgré la charge de travail assez impressionnante au planning, on sent une équipe soudée et une excellente communication renforce cette impression : tout le monde connaît sa fonction et joue son rôle en parfaite osmose,
visiblement uni par les mêmes motivations.

B.I. : As-tu des attentes particulières par rapport à ce « métier d’Idsr » ?

F.C. : Directement, pas particulièrement ; je viens à peine d’être enrôlé, et j’estime être déjà très favorisé quant aux responsabilités qui me sont confiées. Je vous en remercie sincèrement. Indirectement, obtenir des résultats afin de voir la morbidité routière reculer, car c’est de
Sécurité Routière dont il s’agit avant tout.

B.I. : Fabrice, merci et à bientôt sur le terrain !

[1Médecin, chef du service rééducation fonctionnelle à hôpital Renée Sabran de Hyères-Giens

[2ancien patient de Renée Sabran, qui fait partie de l’équipe d’intervenants

[3Entretien préalable du candidat Idsr avec les responsables de la Préfecture et de la MSR

[4Jacques Rosec, coordinateur sécurité routière de la préfecture, en charge de la sécurité routière dans le Var

[5Il s’agit d’une fonction d’intervenant bénévole, NDLR. Lire l’article sur la fonction d’IDSR