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Téléphone au volant, même "mains libres" = danger !

publié le 1er septembre 2015 (modifié le 30 mai 2016)

Un dossier complet, pour bien comprendre les enjeux.

Toutes les études internationales le montrent : il est très dangereux de téléphoner en conduisant, car on ne peut pas maintenir son attention à la conduite, même avec une oreillette ou un système « mains libres ».

Un récent sondage [1] indique que 2 salariés sur 3 téléphonent au cours de leurs déplacements professionnels et que seulement 20% le font « uniquement à l’arrêt »…

Cette dangerosité est confirmée par le rapport « téléphone et sécurité routière » piloté par l’Inserm et l’Inrets (mars 2011) qui fait le bilan complet des études mondiales sur ce sujet et confirme que l’utilisation des « distracteurs » en circulation menace gravement notre sécurité et celle des autres usagers de la route.
L’O.M.S. a également publié une étude sur les "distracteurs de conduite" (2011), qui confirme l’aggravation de cette problématique.

Le point sur le sujet.

Un danger très largement sous-estimé par les usagers
Les usagers sous-estiment très largement le risque qu’ils prennent et font subir aux autres en utilisant leur téléphone en conduisant. Parce que les systèmes « mains libres » ne sont pas sanctionnés, beaucoup s’imaginent que le danger réside dans la manipulation physique du téléphone -le fait de le tenir en main- et considèrent que la solution est d’utiliser une oreillette filaire ou bluetooth, ou le système « mains libres » (diffusion par les hauts-parleurs du véhicule). On estime que les systèmes « sans les mains » représentent actuellement en France + de 60% de l’utilisation du téléphone en conduisant.

Il est à ce propos utile de rappeler que l’oreillette filaire fournie dans la boîte du téléphone mobile s’appelle « kit piéton », et en aucun cas « kit conducteur », ce qui fixe clairement les limites de son utilisation.

En réalité le problème est plus complexe et tant que l’on se focalise sur « avec ou sans la main », on ne comprend pas vraiment quels sont les enjeux et les dangers qu’il représente. Il est donc utile d’apporter quelques explications.



Main et cerveau
- tenir un objet en main va forcément compliquer la tâche du conducteur pour manœuvrer son volant s’il doit éviter un obstacle qui surgit. Il le fera forcément moins bien et avec retard.
- le problème n’est cependant pas limité à l’action de la main, ou sa position sur le volant mais le danger vient essentiellement de la charge mentale qu’une conversation à distance fait subir au cerveau. La menace vient donc du défaut d’attention.
- Cette charge mentale est importante lorsqu’on téléphone, elle mobilise 80% des capacités de notre cerveau. En outre, la conversation à distance induit des mécanismes automatiques de pensée qui font que notre esprit se projette : imagine l’interlocuteur, l’endroit où il est, « voit » son visage…
En clair, on est ailleurs. Et tout juste capable d’assurer les tâches de conduite routinières, comme si on était en « pilotage automatique ».

Dans cette situation, les conducteurs ne se souviennent pas des derniers kilomètres parcourus (impression d’être « déjà là » sans s’en être rendu compte).

En logique, personne n’apprécierait vraiment de croiser un usager « à 20% de ses capacités » et « ailleurs » qu’à sa conduite. C’est pourtant ce qui nous arrive tous les jours sur la route…

Tout le monde a pu voir un usager « rouler bizarrement », couper les virages ou ne pas conserver une bonne trajectoire, et s’apercevoir en s’approchant qu’il est au téléphone.

Smartphones : plusieurs utilisations et autant de situations de danger
Les téléphones de dernière génération sont des mini-ordinateurs, qui permettent de multiples utilisations :
- parler. C’est la fonction de base de tout téléphone.
- écrire. Textos, SMS, mails…
- utiliser des applications. Programmes, logiciels, accès à internet et aux réseaux sociaux…
- prendre des photos.
Ces modes d’utilisation induisent chacun une perte d’attention plus ou moins importante et nous mettent en danger, ainsi que nos passagers éventuels et les autres usagers qui nous entourent.

Faire un texto fait quitter la route des yeux pendant 5 secondes, soit la longueur d’un stade de football si on roule à 90 km/h !
Le risque d’accident est alors multiplié par 23 !

Les "Selfies" (se prendre soi-même en photo dans une situation ou une action) sont par exemple en train de devenir une pratique très prisée des jeunes, même au volant ! Selon une enquête [2] auprès de jeunes européens de 18 à 24 ans, 1 jeune sur 4 reconnait avoir déjà pris un Selfie alors qu’il conduisait (28% pour les français). Et 43% des jeunes français admettent prendre des photos en conduisant…

Prendre une photo détourne l’attention de la route pendant 14 secondes, soit plus de 500m à 130 km/h !

1er juillet 2015 : interdiction de porter à l’oreille tout dispositif susceptible d’émettre du son

Que ce soit pour écouter de la musique ou pour téléphoner, oreillette ou écouteurs isolent le conducteur de son environnement extérieur, en "l’enfermant dans son monde" - sa conversation téléphonique - ou réduisant sa perception des sons de la route et de la rue : bruit du scooter ou de la moto qui est dans un angle-mort par exemple…

A partir du 1er juillet 2015, oreillettes et casques sont interdits lorsqu’on conduit n’importe quel véhicule (vélo, scooter, moto, bus, camion).


- Voir le détail de cette mesure.

Les conséquences
Conduire requiert une concentration permanente pour traiter et interpréter un grand nombre d’informations. Une seconde d’inattention peut avoir des conséquences dramatiques, notamment lorsqu’intervient un événement de circulation que le conducteur est censé détecter, analyser et interpréter avant d’y réagir de façon appropriée, le tout, très rapidement. Encore faut-il que son attention soit intégralement disponible et non pas mobilisée par ailleurs.

Le « défaut d’attention » est à l’origine de beaucoup d’accidents corporels. Les conséquences sont :
- L’augmentation importante du temps de réaction.
Au lieu d’1 seconde si on va bien, le temps de réaction est augmenté très significativement de plusieurs secondes (2 à 4 fois plus). La conséquence directe est un allongement de la distance d’arrêt. A 50km/h, avec un temps de réaction d’1 seconde, on met 28m pour s’arrêter dans les conditions optimales. Avec 2 secondes, ce sera 42m, c’est mathématique et imparable. La différence : si un enfant traverse…
- Des pertes de contrôle, des chocs frontaux avec la violence et les conséquences qu’on imagine.
A 50 km/h on se déplace à 14 mètres en 1 seconde. A 90 km/h, c’est 27m. La largeur d’une voie de circulation est d’environ 3m. Moins d’une seconde d’inattention suffit à faire un écart et à se retrouver dans le fossé, contre un obstacle ou sur la voie d’en face où circule un usager qui « n’a rien demandé à personne », surtout pas de se retrouver face à un véhicule qui fonce sur lui et qu’il ne pourra pas éviter.
- En cas d’accident grave, dans le cadre l’enquête, une réquisition auprès de l’opérateur téléphonique pourra fournir des informations sur l’utilisation du téléphone (voix, sms, internet) au moment de l’accident. Cela pourra avoir des conséquences dans la procédure (le défaut d’attention pourra être retenu comme circonstance de responsabilité) et dans le cadre de l’indemnisation par l’assurance.
- En outre, il ne faut pas négliger les incidences de cette conduite en terme de "faute du conducteur" telle que définie par la loi Badinter du 05/07/1985 et son application sévère par une jurisprudence unanime. Il faut savoir que la faute du conducteur-victime est prise en compte pour déterminer son droit à indemnité (article 4 de cette loi), abstraction faite du comportement des autres conducteurs impliqués.
Ce qui signifie que l’utilisation du téléphone portable en conduisant est assimilée à une FAUTE du conducteur, ce qui peut amener la réduction des indemnités civiles (de 50 à 100%), MEME si ce conducteur n’a commis aucune faute au sens du code de la route.
Pour être encore plus clair, cela signifie que si un conducteur impliqué refuse la priorité à notre conducteur victime, ce dernier peut se voir privé de tout ou partie de son indemnisation (corporelle surtout ) du SEUL FAIT qu’il sera avéré qu’il conduisait téléphone en marche…
Voilà ce qui, peut être, ferait réfléchir certains car cette sanction civile est autrement plus lourde que la sanction pénale classique.

S’il n’y a pas une prise de conscience générale de la part de la population, on peut craindre une augmentation des accidents faisant intervenir le défaut d’attention avec usage du téléphone.

Il n’y a pas de « victime acceptable » sur la route, mais que dire des morts ou des handicapés à vie lors d’un choc frontal parce qu’un conducteur téléphonait, faisait un texto ou une recherche sur internet ?
Aucune fatalité dans ces accidents qui ne devraient même pas porter ce qualificatif puisqu’étant directement liés à une cause humaine donc à un choix délibéré du conducteur qui se croyait capable de faire plusieurs choses en même temps et qui a jugé plus important d’utiliser son téléphone que de conduire…
Avait-t-il imaginé la suite de l’histoire ? Un grand fracas, et puis ça a coupé…

- Vous trouverez un exemple concret d’une situation vécue par chacun de nous, l’appel d’un proche, qui démontre pourquoi notre cerveau est vraiment mobilisé à 80% dans le dossier thématique de la MSR ci-dessous.

La solution ? Le bon sens
En déplacement, le téléphone peut rendre service, permettre de prévenir en cas de retard par exemple, mais il doit être utilisé uniquement à l’arrêt. Laisser la messagerie gérer les appels, c’est son rôle, c’est pour cela qu’elle a été conçue. Pour les SMS et internet, attendre d’être à l’arrêt dans un lieu sécurisé.

Savoir +



- Télécharger le dossier destiné aux intervenants et bénévoles de la MSR-Var : MSR-Var - Fiche thématique Téléphone au volant (format pdf - 94.4 ko - 28/10/2013)

- Télécharger le rapport de l’OMS : OMS-Les distracteurs de conduite (format pdf - 2.1 Mo - 12/06/2013)

- Lire le document édité par la CRAM : Document CRAM-Téléphone et entreprises (format pdf - 2.1 Mo - 28/10/2013)

- Voir le dossier complet et les pages dédiées du site internet de la Sécurité Routière.

[1Sondage Ifop pour l’association PSRE/sécurité en entreprise - 2012

[2Enquête réalisée par Ford - 2014

 
 

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